Fuenteovejuna 1994

La dernière œuvre de Gades est basée à nouveau sur une œuvre littéraire, à cette occasion, le chorégraphe s'inspire d'un des monuments du théâtre baroque espagnol, Fuenteovejuna, de Lope de Vega. Antonio disait : de Fuenteovejuna j’ai surtout aimé l’acte de solidarité des perdants. La solidarité face au pouvoir. Dans ces moments d'individualisme féroce, je crois que Fuenteovejuna est ou bien devrait être d'actualité.

 

Juan Quintero como el Alcalde, Marina Claudio como Laurencia y Antonio Gades
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Si pour ses autres œuvres, Gades utilisait la danse flamenco comme forme d'expression théâtrale, aujourd'hui, pour des raisons de mise en scène, il étudie le folklore espagnol, trouvant des musiques et des danses qui l’aident à élaborer l’intrigue, selon le schéma imaginé par José Caballero Bonald.

Mon idée était de faire autre chose avec ce folklore, pas de le piquer au peuple et le prostituer, mais d’en extraire l’essence et d’en faire autre chose, raconter une histoire avec le mouvement. L'Espagne est un creuset de cultures. Les coutumes, les costumes, la musique, la façon d’enterrer les morts changent tous les 20 kilomètres. Mon intention était de faire un collage avec tout ça. Je n’ai pas fait des recherches sur le folklore comme un professionnel mais comme un poète qui enquête sur l’histoire pour s’enrichir.

Fuenteovejuna a fait une tournée ininterrompue de cinq ans dans le monde entier avec la Compagnie Antonio Gades, le rôle de Frondoso ayant été dansé par Antonio pendant trois ans. En 1998, le Ballet National d’Espagne a monté le ballet sous la supervision d’Antonio. A partir d’août 2008, la Compañía Antonio Gades aura monté Fuenteovejuna pour continuer à présenter la dernière grande œuvre du maître d’Alicante dans tous les théâtres du monde.

Le cœur de l'histoire tourne autour de la lutte collective et solidaire d'un peuple contre la tyrannie d'un cacique, représenté ici par la figure de Fernán Gómez, commandeur de l’ordre de Calatrava et symbole du despotisme et des privilèges inamovibles des classes dominantes andalouses.

Les gens sont impuissant face aux abus et aux excès du commandeur arrogant et lascif qui veut imposer sa propre volonté à tous les habitants de Fuenteovejuna, en commençant par le représentant du peuple et en terminant par les ouvriers et les bergers.

Le comportement du commandeur est celui d'un seigneur féodal avec ses vassaux: secondé par deux hommes de main qui servent de confidents et de complices, il offense les filles du village et se moque de leurs maris et de leurs parents, leur réclamant toutes sortes d'impôts et de tributs.

L’une des victimes du commandeur est Laurencia, la fiancée de Frondoso, un pauvre paysan. La veille de leur mariage, le commandeur rencontre les deux jeunes gens dans les champs et essaie d'abuser de la jeune fille. Frondoso la défend, risquant sa propre vie, et ils s'enfuient tous les deux. Mais plus tard, le commandeur fait irruption avec des hommes armés alors que la fête de mariage a lieu et fait arrêter les jeunes mariés. Il frappe ceux qui lui opposent résistance, en tuent certains et en envoient d’autres en prison. Il ramène ensuite Laurencia chez lui et abuse d’elle devant Frondoso qui a les mains liées.

Laurencia parvient à s’enfuir et va raconter à son père –le représentant du village– l’affront subi. Quand les villageois comprennent ce qui s'est passé, ils commencent à s'armer avec leurs outils de travail. A la fin, tout le village, avec son représentant à la tête, fait irruption chez le commandeur et le tue, libérant Frondoso et laissant mal en point les deux sbires.

Les gens descendent dans la rue en criant "Mort aux tyrans!"

L'épilogue du drame est axé sur le procès pour trouver le coupable du meurtre du commandeur. Le Juge s’adresse aux villageois et les gens lui répondent selon le dialogue suivant:

Qui a tué le commandeur? / Fuenteovejuna, monsieur / Et qui est Fuenteovejuna? / Tout un chacun.

Le juge comprend les raisons des villageois et personne n’est déclaré coupable. La justice a gagné.

(Le dernier acte du procès, comme décrit ci-dessus, a été exclus de l’adaptation pour le ballet).

Ballet inspiré de l’œuvre de Lope de Vega

Adaptation:
J. M. Caballero Bonald et Antonio Gades
Chorégraphie et éclairage:
Antonio Gades
Musique:
Anton García Abril, Modest Mussorsky, música barroca, Gades, Solera et Núñez
Arrangements et sélections musicales:
Faustino Núñez
Maître de danse folklorique:
Juanjo Linares
Ambiance et costumes:
Pedro Moreno

Première absolue: Gênes, Théâtre Carlo Felice, 20 décembre 1994

Durée: 75 minutes sans entracte

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