Fuego 1989

La relation d’Antonio Gades avec El Amor Brujo de Manuel de Falla remonte à ses années en Italie, lorsqu’au début des années soixante, il était chorégraphe et premier danseur du Théâtre la Scala de Milan. A cette occasion, il interprétait le rôle du Spectre. Des années plus tard, à Chicago il reviendra à nouveau sur le classique du compositeur gaditan avec cette chorégraphie.

 

Stella Arauzo como Candela y Antonio Gades como Carmelo
© KOICHI MIHURA. Pas à deux de Fuego. Tous droits réservés.

 

En 1967, et sous les ordres de Rovira Beleta, après le succès obtenu avec Los Tarantos, Antonio tourne El Amor Brujo avec La Polaca, film qui l’a rapproché à nouveau de l’œuvre de Falla.

Mais ce n’est qu’en 1985 lorsque Carlos Saura lui propose de tourner leur troisième film, après Bodas de Sangre (1981) et Carmen (1983). En 1986, c’est la première d’El Amor Brujo, produit, de même que les deux autres, par Emiliano Piedra.

Antonio continue les tournées avec sa Compagnie, avec Carmen de préférence, et en 1989, à la demande de l’Opéra de Paris, il réalise la version théâtrale du travail effectué pour le film. Sous le titre de FUEGO, Antonio Gades a finalement présenté en janvier 1989, au Théâtre du Chatelet de Paris su Amor Brujo, un ballet qui était appelé à fermer un cycle de sa vie, et il en fut ainsi.

Cristina Hoyos décida de poursuivre son parcours en solo, et Gades a présenté Fuego, avec Stella Arauzo dans le rôle de Candela, aux théâtres de France et Italie, et en 1990 il dissout la compagnie. Il ne reviendra pas avant 1994, lorsqu’il monte Fuentovejuna.

PROLOGUE

Avec le rideau baissé, on commence à entendre les premiers rythmes d’EL AMOR BRUJO, ceux qui vont servir de thème pour El Espectro (le Spectre).

Sur cette Introduction, on entend un rythme trépidant de zapateado et de palmas qui envahissent progressivement l’environnement sonore.

1. LA BAGARRE

Le rythme est revigoré et encore plus accentué lorsque dans l'obscurité de la scène, illuminée par des faisceaux de lumière, on voit une vingtaine d'hommes qui se battent avec des couteaux et des bâtons marquant le rythme de leurs gestes. Parmi ceux qui se battent, on peut voir José, aux traits un peu gitans, qui manipule habilement le couteau. Son adversaire n’a rien à lui envier. Ils avancent et reculent jusqu' à ce que José soit poignardé par son anniversaire dans un moment de distraction. José qui est blessé à mort chancèle. Son adversaire, effrayé, s’enfuit.

Tous les hommes arrêtent de se battre et quittent la scène laissant José seul. La lumière est braquée sur lui qui, avec une extrême lenteur, s’effondre. A la fin, José tombe par terre et reste immobile, mort. C’est alors qu’on entend les rythmes agressifs du début d’El Amor Brujo de Falla, tout est dans le noir jusqu’à ce que la musique s’arrête.

2. L’ÉTENDOIR

La scène s’illumine lentement. La scène est divisée en deux espaces définis. A droite, il y a l’espace destiné à l’étendoir. A gauche : l’espace réservé aux hommes. L'aube se lève dans le village et les hommes entrent en scène, ils portent des chaises, des guitares, des tambourins et d’autres instruments d’origine populaire. Les guitaristes accordent leurs instruments. Certains cherchent le ton d’une chanson, d’autres risquent un pas. Tout cela dans une ambiance détendue, sans hâte. Le rythme est défini petit à petit et une chanson commence.

Les femmes apparaissent sur scène en chantant la chanson, elles sont jeunes pour la plupart, et portent des jupes et des chemisiers très colorés, elles portent des paniers avec des vêtements fraîchement lavés. Maintenant c’est la luminosité qui domine, la blancheur. Parmi ces femmes il y a Candela, une jeune femme séduisante, protagoniste de cette histoire. Tandis qu’elles étendent le linge, les femmes s’amusent au détriment de Candela, qui va se marier dans un mois avec Carmelo. Elles chantent et dansent le tanguillo Quand a lieu le mariage?

La danse devient plus sensuelle et provocante. Les femmes s’amusent. Carmelo fait son entrée en scène, il cherche Candela. Les autres filles chahutent et terminent par s’en aller au milieu des plaisanteries et des rires. Tandis que Carmelo marque un pas à deux, avec passion, la lumière change. Carmelo et Candela s’étreignent, et on entend les premiers rythmes du Spectre.

Soudain, comme éclairé par un éclair, José le Spectre apparaît, il vient du monde des ténèbres pour déranger les amoureux. Candela ne peut éviter d’être attirée par lui, et comme si une force intérieure la poussait à aller à sa rencontre, mais Carmelo l’en empêche. Dès lors, le Spectre poursuivra le couple chaque fois qu’ils essayeront de s’aimer.

3. NOËL

Tout le monde est là pour fêter Noël. Des groupes de familles sont formés, auxquels viennent s’intégrer occasionnellement des amis, ils s’assoient sur les chaises en osier autour des feux et avec des tambourins et des tambours, des zambombas et des almireces, ils chantent et dansent avec joie des chants populaires de Noël. On voit Candela et Carmelo qui participent à la fête en chantant et en dansant avec animation.

Alors que la fête est à son apogée, le Spectre apparaît, violemment éclairé. Tout le monde reste immobile, le Spectre disparaît aussi vite qu'il est apparu. Le temps semble s'arrêter pour tout le monde, sauf pour Candela qui, comme dans une transe, commence à danser la chanson de Falla: Yo no sé qué me pasa. Tout le monde est immobile, paralysé, comme surpris, figé comme sur une photographie, tandis Candela danse parmi eux.

Lorsque Candela finit de danser, la vie revient, le mouvement, le rythme, les chansons et l’ambiance festive comme avant, comme si rien ne s'était passé.

La fête continue et tout le monde quitte la scène, à l’exception de Candela qui est retenue par une force mystérieuse.

A nouveau, on entend les rythmes du Spectre. Il apparaît éclairé par une lumière violente. Candela troublée, marche vers lui. Ils dansent La danza del terror (danse de la terreur): une danse violente et ritualisée.

4. LA ROSÉE

Des hommes qui font semblant d’être des chevaux avec des femmes sur leurs croupes font leur entrée sur scène. Les femmes descendent de cheval et commencent à danser des sevillanas au son du tambourin. La nuit tombe.

Les corps veulent se reposer et se couchent par terre. On entend une chanson au loin alors que Candela et Carmelo dansent amoureusement un pas à deux parmi les dormeurs. A la fin, ils s’allongent tout en restant enlacés.

Le groupe se lève et chante Y tú mirar. C’est le moment où apparaissent sur scène, à droite et à gauche, Candela et Carmelo. Ils s'approchent lentement jusqu' à ce qu'ils se retrouvent et sans se toucher, ils tournent autour l’un de l’autre dans une danse amoureuse, lente et cérémonieuse. Et c’est là qu’on entend les rythmes qui annoncent Le Spectre. José surgit de l’obscurité. Candela se lève et va à sa rencontre, elle danse avec lui. Carmelo se lève, les voit et vient danser avec eux. Candela et Carmelo exécutent la danse.

5. LA SORCIÈRE

Lorsque la danse se termine, Carmelo apparaît avec la Sorcière. Ils vont vers Candela qui est désolée. Candela à gauche, Carmelo à droite, restent immobiles tandis que la sorcière commence son rituel.

La sorcière fait ses exorcismes. Au centre de la scène un faisceau de lumière rougeâtre apparaît qui symbolise le feu. Les premières cloches qui annoncent la Danza del Fuego (la Danse du Feu) se font entendre. Tous les hommes et les femmes du village apparaissent sur scène au rythme des cloches.

6. LA DANSE DU FEU

Les hommes et les femmes se placent autour du cercle de feu. A l’exception de Carmelo ils dansent tous : Candela danse de plus en plus intérieurement, touchée par l’intensité de la musique. Le rythme s’accélère jusqu’au paroxysme. Candela entre en transe. Tout le monde l’entoure. A la limite de ses forces, elle s’évanouit au milieu du cercle de feu, comme si elle était morte.

Le feu s'éteint lentement. Tout le monde s’éloigne, laissant Candela seule sur scène. Carmelo va vers le corps de Candela quand le feu va s’éteindre. On entend à nouveau les rythmes du Spectre. Est-il possible que la danse du feu exorcise le maléfice?

Carmelo et Candela se lèvent et commencent à danser ensemble la danse du Feu Fatuo. Le maléfice semble avoir été conjuré. Mais on entend à nouveau les rythmes de la musique du Spectre. Le Spectre apparaît. Mais cette fois Carmelo est prêt à le combattre et parvient, à grand-peine, à emmener Candela avec lui.

7. LA FIN

Tout le village accompagne Candela et Carmelo pour conjurer le Spectre. Ils laissent le couple au centre et s’éloignent et restent dans la pénombre en attendant la suite des évènements. Au centre de la scène, Carmelo danse avec Candela une danse passionnelle.

Le Spectre apparaît en compagnie d’autres spectres, tous vêtus de noir. Images du mal, de l'enfer, de la mort. Le village s’organise face à lui : la vie. Ils chantent tous : Tu es ce gitan diabolique.

Le groupe des spectres contre-attaque avec un rythme sauvage, essayant de dominer l'espace sonore. La confrontation est brutale. Les couples se défendent en groupes. Le spectre affronte Carmelo. Finalement, les spectres, vaincus, disparaissent.

L'aube se lève et on entend la chanson de Falla: le jour se lève déjà. Carmelo et Candela s’étreignent. Les préparatifs du mariage commencent.

8. LE MARIAGE

Les hommes vont vers Carmelo et le soulèvent sur leurs épaules avec les premiers rythmes de l’alborea: Hermanita de mi alma. Les deux groupes s’organisent autour des futurs mariés et comme s’il s’agissait de pas de la Semaine Sainte, ils les promènent sur scène en suivant le rythme de la chanson. Les deux groupes se séparent. Quelqu’un crie : Vive les mariés! Que les mariés dansent!

Candela et Carmelo dansent des tangos encouragés par tout le village.

 

Ballet inspiré d’EL AMOR BRUJO de Manuel de Falla

Chorégraphie et mise en scène:
Antonio Gades et Carlos Saura
Mise en scène et costumes:
Gerardo Vera
Eclairage:
Gades, Saura, Dominique You
Musique:
Compositions et arrangements de chansons folkloriques espagnoles: Gades, Solera, Freire

Musique enregistrée: EL AMOR BRUJO de Manuel de Falla, enregistrement de l’Orchestre National espagnol dirigé par Jesús López Cobos et chansons interprétées par Rocío Jurado

Première absolue : Paris, Théâtre du Chatelet, 26 janvier 1989

1 heure sans entracte

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