Don Juan 1965

MOTS D’ALFREDO MAÑAS ET ANTÓN GARCÍA ABRIL

C’est très simple : je veux faire un théâtre élémentaire et clair, clair comme de l’eau, c'est-à-dire comme le romancero anonyme.

Derrière chaque romance anonyme, de chaque poésie populaire, il y a un chroniqueur ou un poète cultivé. Derrière mes œuvres, derrière ce Don Juan, il y a toute une tradition espagnole d’auteurs érudits, et plus encore, toute la variante de la poésie populaire sur le thème et toute la poésie moderne de mes auteurs préférés et maîtres. Veillant à cette œuvre il y a : Machado, Vallejo, Neruda, Lorca, Alberti, Miguel Hernández, tous, ceux de maintenant ; ceux d’après ; ceux de toujours. Et il y a Tirso, Zorrilla, Omar Kayan, Fernando de Rojas, Valle Inclán, Lope de Vega, Puskhin, Ortega y Gasset, Unamuno, Azorín, Baroja, Ganivet, Américo Castro… Ceux de toujours, ceux de toujours… Luis Buñuel disait dans le dernier numéro du magazine "Griffith": " Les jeunes d'aujourd'hui sont des victimes innocentes de la rupture avec la tradition. Comme vous le voyez, je ne veux pas être la victime innocente d'une rupture.

Ce que j’allais dire : en suivant le parallélisme de la création entre la poésie érudite et la poésie populaire, j’ai fait la même chose: c’est à dire, prendre le mythe et son développement dans les œuvres érudites et le transposer à une ambiance populaire. DON JUAN, ou DON GALÁN, comme on l'appelle dans la première romance anonyme, dont il semblerait que ce personnage est né qui, aux dires de tous, est le personnage le plus extraordinaire, attrayant et passionnant de la littérature espagnole, et peut-être même de la littérature universelle. Voici le début de ce mythe:

Pa misa diba un galán (A rake was going to mass)
Caminito de la iglesia (Walking on his way to church).
ni diba por oir misa (he wasn't going to hear mass)
ni por devoción de ella (nor was he going to worship),
que diba por ver las damas (he was going to see the ladies)
las que están guapas y frescas (the ones who are beautiful and young)

Voici le DON JUAN que je connais, que j’aime, et qui me fait vibrer. Ce jeune garçon du village, insultant, sacrilège, anarchique, rebelle, qui va à l'église pour conquérir de manière scandaleuse, qui se moque de tout ce qui est divin et humain, mais qui porte enfoui où je ne sais où le spectre de ce qui est religieux et moral. Car comme l’a dit Ortega y Gasset, la condition morale de DON JUAN vient du fait que toutes ses aventures sont suivies de risques, par la mort, qui est derrière lui et dont la pâle amitié repose sur son épaule.

On pourrait passer sa vie à parler de DON JUAN, pour essayer de comprendre qui est DON JUAN, sans y parvenir, bien sûr, car des esprits plus clairs et plus féconds que le mien ont essayé de le faire et n’y sont parvenus qu’à moitié… alors pauvre de moi, comment voulez-vous… mais je dirai deux choses…j’ai toujours entendu dire que DON JUAN est le mythe de la décadence d’une classe, de sa disparition… en ce qui me concerne, cependant, je proviens d’une classe sociale qui n’a pas encore fait son apparition, et, cependant, ce que j’aime chez DON JUAN c’est son visage du peuple qui apparaît … Attention: il apparaît avec tous ses vices, ses dangers et ses vertus … la phrase qui pourrait résumer ma tentative sur DON JUAN est celle d’Antonio Machado – salut, maître-: DON JUAN est, comme le peuple espagnol, un X portant un avenir mystérieux.

Alors voici l’histoire, très espagnole d’autre part, d’un garçon du village qui, pour quelque raison que ce soit, avance seul depuis le village anonyme. C’est quelqu’un qui est confronté à une classe ou à une famille dominante, on lui propose d’entrer dans l'immoralité et dans l’ordre de cette famille, et il préfère la destruction et le désordre. Rien de plus.

Et maintenant ça c’est pour toi, Antonio Gades: Tu te rappelles, Antonio? Il y a trois ans nous nous promenions dans les environs, pour boire quelques verres de vin à crédit, car, comme tu le dis, on se promenait avec une double pneumonie dans nos poches, les deux, et tu m’as dit : "dès que j’aurais de l’argent je le dépenserai pour monter une œuvre ensemble " et je t’ai dit: "ce sera DON JUAN" "D’accord" tu m’as dit. Et c’est fait, Antonio. Mais quel chagrin j’éprouve. Tu rames depuis que tu as treize ans, tu te bats, te creusant la tête sur scène pour devenir quelqu’un. Maintenant tu es devenu quelqu’un… et tu pourrais vivre tranquillement. Mais tu risques tout: ton argent, ta santé, ta renommée, sur cette carte du DON JUAN que tu as remis dans mes mains… Je suis angoissé… Si ça ne marche pas, si je te fais échouer, je ne me le pardonnerai jamais...

Une dernière chose : je suis absolument certain d’une chose pour notre DON JUAN (car c’est le nôtre, celui d’Antón García Abril et le mien), et si je suis sûr d’une chose c’est de la musique. Je ne suis pas si sûr de l’autre moitié de l’œuvre, mais je suis absolument sûr de la partition, sans aucun doute… Absolument sûr… toute l’ambiance populaire, le sentiment, cette touche, cette touche si difficile que je voulais donner à DON JUAN, je ne sais pas si elle est présente dans le texte ; mais je suis sûr qu’elle est présente dans l’orchestre, dans la partition d’Antón García Abril...

Et je suis fier d’autre chose : les acteurs. Aucune compagnie ne pourrait montrer plus d’enthousiasme que celle-ci. Cándida Losada, qui a été prête à faire n'importe quoi: à ne pas dormir, à danser, à bouger et à recevoir des leçons de chorégraphie avec un zèle émouvant. Et tout le monde, tous les autres : Paloma Lorena, Carlos Villafranca, Pilarín Sanclemente, Lizarraga, Albert, Pascual, Amézaga. Et une chorale de filles, qui sont ma faiblesse. Et une chorale de garçons. Et un ballet, avec des danseurs qui sont également des acteurs. Et les chanteuses qui se comportent comme des actrices. Et puis, un ensemble médiéval, qui est unique au monde. Et l’orchestre. Et tous ceux qui m'aident à faire ça, sans compter leurs efforts : Viola, Corberó, Ponç, Sainz de la Peña… Tous ces peintres et sculpteurs, dont l’œuvre est célèbre dans le monde de la peinture et qui viennent ici jouer les barbouilleurs. Et Gonzalo Sebastián de Erice, mon assistant… Et Granero, le chorégraphe, avec Gades, qui laisse sa santé dans cette immense chorégraphie que représente cette œuvre. Et rien d’autre.

Ah!, ma mise en scène est très simple. Tout un village de contemplateurs surplombe l'œuvre, faisant de la vie un simple spectacle. Pour les gens qui apparaissent ici, tout est un spectacle: une messe, une scène d’amour intime, une raclée, un défilé, la mort d’une mariée… En ce qui concerne les acteurs, c’est également très simple : j’ai voulu qu’ils soient eux-mêmes, je ne voulais pas qu’ils surjouent…Nous verrons si j’y suis parvenu…

Et la dernière surprise: Gades, Gades en tant qu’acteur, en tant que séducteur, en tant que danseur classique, en tant que danseur flamenco populaire… allez-le voir, allez-le voir et dites-moi.

L’approche d’une œuvre, qu’elle soit musicale ou théâtrale, entraîne toujours une série de problèmes dont la résolution dépend de l’équilibre et de la perfection de cette dernière. Mais ces problèmes ont un seul sens : dans notre cas, en écrivant DON JUAN, nous avons eu l’idée de donner libre cours à nos idées en unifiant le langage pour en faire un véritable théâtre musical. On entend par théâtre musical, un théâtre où le texte et la musique n'agissent pas séparément, mais où le mot fait bouger la musique et la musique le texte. En ce sens, l’union avec Alfredo Mañas a été complète. Notre travail commun n' a pas été trop difficile, en effet, dans la pensée théâtrale d'Alfredo Mañas, un sens musical fort est toujours latent. Nous avons toujours travaillé ensemble et nous avons donné forme au travail selon les exigences que la ligne dramatique exigeait, renonçant à toute situation dans laquelle le texte ou la musique s’éloignait de notre but initial.

Nous avons toujours eu dans l’idée de faire un théâtre populaire authentique et enraciné dans notre meilleure tradition. Dans DON JUAN, les comédiens, danseurs, choristes fusionnent, etc. apportant tous une grande richesse d’expression. Nous avons adopté une totale liberté d'expression ; les éléments sonores choisis vont de la vielle, vihuela, flûtes de la renaissance, etc., jusqu’à la fusion de différents xylophones, au sein d'une organisation de timbres transformée en situation théâtrale.

Il est vrai qu’en écrivant le livret, nous avons compté sur un élément esthétique de grande valeur, le danseur acteur, cette qualité que possède Antonio Gades, nous a donné beaucoup de possibilités, et nous a ouvert la voie à de nouvelles formes d’expression.

TRAGI-COMÉDIE MUSICALE D’ALFREDO MAÑAS ET ANTÓN GARCÍA ABRIL

Chorégraphie:
ANTONIO GADES et JOSÉ GRANERO
Maître de danse:
JOSÉ GRANERO
Orchestre Principal du Théâtre de la Zarzuela. Chef d’orchestre:
EUGENIO M. MARCO
Orchestre médiéval. Chef d’orchestre:
MASSO
Esquisses et décoration et Figurines:
SAINZ DE LA PEÑA
Figurines de la danse de la mort:
JOAN PONÇ
Réalisation des décors:
MANUEL LÓPEZ
Réalisation des figurines:
MARIBEL, RUPPERT, PAQUITA et ANGELITA
Chaussures:
GALLARDO et BORJA
1º Souffleur:
CONCHA ARANDA
2º Souffleur:
AGUADO et CARRIEDO
Tailleur:
JOSEFA LUNA
Machiniste:
J. L. PEÑAS
Ambianceurs:
VIOLA, CORBERO, PONÇ
Eclairage:
SAINZ DE LA PEÑA
Direction Musicale et musique:
ANTÓN GARCÍA ABRIL
Photos:
COLITA et CORES
Direction:
ALFREDO MAÑAS
Assistant de direction:
GONZALO SEBASTIÁN DE ERICE

DISTRIBUTION

Don Juan:
ANTONIO GADES
Andrea, la mort:
CÁNDIDA LOSADA
Doña Elvira:
PALOMA LORENA
Don Luis:
CARLOS VILLAFRANCA
Doña Inés:
PILARÍN SANCLEMENTE
Juan Cruz de Pantoja:
JUAN LIZARRAGA
Sancho de Pantoja:
PASCUAL MARTÍN
Rosendo de Pantoja:
JOSE ALBERT
Don Gonzalo:
JUAN AMEZAGA

BALLET

Tamara Sie, pour le personnage blanc, Marisa Aguado, Mercedes Alba, Asunción Atienza, Judit Cipriano, Isabel Lago, Maruja del moral, María Teresa Muñoz, Raquel Rodríguez, Angelines Santos, Mery Senra.

Goyo Montero, dans le taureau, Enrique Esteve, Félix Granados, Luis Villa Landa, Rafael Liarte, Marcelo Lucia, RobertoMayor, Rafael Ramallo, Antonio Rivas, Antonio Salas, Ricardo Villa, Paulino Zapatero.

DANSEURS

Esperanza Alonso, Yolanda Bal, Beatriz Carvajal, Elena Fernán Gómez, Mari Carmen Gil, Fernanda Hurtado, Teresa Hurtado, Gloria Fuente, Dolores Montero, Julia de la Riva, Inmaculada Sanz, Conchita del Val.

Carlos Alemán, Eugenio Beraciertos, Alberto Blasco, Claudio Crespo, Ignacio Fabián, Laureano Gómez, Mariano Herrán, Manuel Peloche, Antonio Ramallo, Lucio Rey, Fernando Rojas.

CHANTEURS

Eulalia Muñoz Calera, Sonsoles del Castillo, Marisa Marín, María Angeles Polo, María Luisa Sagrista, Mari Carmen Sinovas, Ester Escribano, Trinidad Escribano, Amalia Rodríguez, Soledad Ruano, Soledad Ruiz, Mercedes Valimaña